vendredi 9 mars 2007
Des elections quand ?
1. Kadima a 29 deputes sur 120. Les sondages lui en president de 9 a 12. Ca sera probablement encore moins. Certains deputes peuvent essayer de retourner au Likoud mais la encore il leur faudra du temps pour y reconstruire leur legitimite. Bref, pour cce parti, les elections sont un suicide.
2. Le parti travailliste. Avec 19 deputes aujourd'hui, score historiquement bas, les sondages lui en octroient 12 a 14 en cas d'elections. La encore, aucun interet. Sa seule chance pourrait resulter d'un changement de leader lors des primaires internes en mai. Amir Peretz est fini et aussi impopulaire que Olmert. Barak et Ayalon sont les deux candidats dominants pour le remplacer, mais Barak reste extremement impopulaire au sein de la masse de la population israelienne. De toute maniere, le parti travailliste ne cherche meme plus a gagner les elections, son electorat est essentiellement compose de personnes agees et il diminue naturellement a chaque election.
3. Le parti des retraites - il a 7 deputes. Son succes en 2006 etait du essentiellement a un mini-phenomene de mode dans les 2 derniers jours de la campagne electoral. beaucoup de jeunes ont vote pour eux pour rigoler. Ca ne risque pas de se reproduire.
4. Israel Beitenou. Le parti russophone de droite a 11 deputes. Avant que son leader eut l'idee bizarre de rejoindre le gouvernement pour ne rien y faire, les sondages lui laissaient esperer jusqu'a 20 deputes lors des prochaines elections. Depuis, l'inaction de Lieberman, ses choix etranges, sans parler de l'affaire tragico-comique Esterina Taterman (la depute qui avait trafiquee son CV), ont fait chuter la popularite du parti. Lui aussi prefera attendre avant de tenter l'aventure electorale.
Les elections anticipees auront lieu, mais probablement pas avant la mi-2008.
La menace démographique: 3. Les Juifs ultra-orthodoxes
Dans son ensemble, la population juive israélienne, même religieuse, est majoritairement scandalisée par l'exemption de service militaire dont bénéficient les étudiants en Yeshiva depuis 1948. A l'époque ils n'étaient que 200, mais aujourd'hui ils sont plus de 50,000 et plus de 10% des conscrits potentiels de 18 ans. A cela se rajoute le fait que, ne travaillant pas, ils vivent dans la pauvreté, essentiellement de subventions et d'allocations, et ne participent pas à l'effort productif du pays. Aussi, si rien de change, plus ils représenteront une part importante de la population, plus l'équilibre économique et défensif du pays sera menacé.
Les estimations statistiques sont relativement compliquées dans ce cas. On peut naitre haredi mais quitter ce monde plus tard, ou au contraire, revenir en "tshuva" en venant du monde le plus athée et devenir ultra-orthodoxe. Jusqu'aux années 70, le monde haredi perdait une part non négligeable de ses ouailles au monde laïc. Une étude américaine des années 50 montrait que sur 5 enfants d'une famille orthodoxe, un seul suivait cette voie une fois adulte. Mais depuis, la situation s'est inversée. Le nombre de ceux qui deviennent religieux est apparemment supérieur à celui de ceux qui font le chemin inverse, en Israël comme en diaspora.
On estime aujourd'hui que 12% de la population juive Israël est ultra-orthodoxe, tous courants inclus (Hassidim, Lithuaniens, Séfarades) contre plus de 15% de religieux sionistes et encore 30% de traditionalistes (semi-pratiquants) - essentiellement séfarades. Le taux de fécondité des femmes ultra-orthodoxes dépasse 6 enfants par femme et a même augmenté, cas unique dans le monde entier, depuis les annees 80.
La progression de la population ultra-orthodoxe est assez nettement illustrée par la répartition des élèves dans les réseaux scolaires. Les écoles sont réparties entre écoles hébraiques et écoles arabes. Les écoles hébraiques se divisent entre "étatiques", "étatiques-religieuses", et indépendantes, c-a-d ultra-orthodoxes. En 1985, 75% des élèves juifs étudiaient dans le système étatique, 20% dans l'étatique-religieux, et 5% dans les écoles ultra-orthodoxes.
En 2005, les chiffres étaient respectivement de 60%, 20% et 20%. En 2015, la part des élèves dans le système étatique sera tombée a 50% seulement - ce qui est déjà le cas en maternelle.
La situation actuelle devient donc intenable. Dans 15 ans au plus tard, 20% des recrues potentielles de l'armée seront des étudiants en yeshiva et donc automatiquement exemptés. L'économie du pays ne pourra pas non plus soutenir une population aussi importante qui ne travaille pas, ou qui, manquant d'éducation générale, ne peut faire que des petits boulots.
Il y a une certaine prise de conscience dans le public ultra-orthodoxe lui-même. Les femmes travaillent de plus en plus, notamment dans la high tech ; les coupes dans les allocations poussent aussi de plus en plus d'hommes a travailler. Mais il faudra des changements plus profonds pour que la situation soit vivable à long terme.
jeudi 8 mars 2007
La menace démographique - 2. Les Arabes israéliens
Le fait est que les représentants et les intellectuels du public arabe israélien font absolument tout pour renforcer ces sentiments en se lançant les uns apres les autres dans une course à l'antisionisme le plus virulent, et certaines enquêtes laissent sous-entendre que les Arabes israéliens dans leur ensemble ont adopté certaines de ces vues.
Les Arabes israéliens (y compris les Arabes de Jérusalem) représentent aujourd'hui 20% de la population d'Israël - soit 1,4 million de personnes. 83% d'entre eux sont musulmans, le reste se partageant équitablement entre druzes et chrétiens. Leur natalité est supérieure à celle des Juifs et la part des naissances arabes atteint 27% des naissances en Israël. Pour 2020, certaines études parlent de 25% de musulmans en Israël.
Cependant, les prévisions en matière de démographie ont tendance à se révéler systématiquement fausses et celles-ci ne devraient pas échapper à cette règle.
La natalité arabe a atteint son pic dans les années 60 lorsque le taux de fécondité atteignait 9 enfants par femme (record mondial) et est progressivement tombé à 4,7 en 1990 tandis que celui des juives se stabilisait à 2,6. A partir du milieu des années 90, la natalité chrétienne puis druze a recommencé à chuter pour tomber en 2005 à respectivement 2,2 et 2,6, et ce phénomène a finit par toucher les femmes musulmanes à partir de 2001. En 2005, l'indice était tombé à 4, et sans doute 3,7 en 2006 - tandis que l'indice de fécondité des femmes juives remontait à 2,7-2,8. Plus clairement encore: de 2000 a 2006, le nombre de naissances juives est passé de 92,000 à 107,000 tandis que le nombre de naissances arabes reculait de 40,000 à 36,000.
Les raisons de cette évolution sont connues: les jeunes femmes arabes sont plus éduquées que leurs mères, et travaillent de plus en plus même si le taux d'activité des femmes arabes n'est que de 18% contre 55% pour les juives) ; et depuis 2004, les coupes du gouvernement dans les allocations familiales ont eu un effet radical sur la natalité des bedouins.
Là encore, la réalité démographique semble plus forte que l'hystérie médiatique.
mercredi 7 mars 2007
Olmert bat tous les records...
La menace démographique - 1. Les Palestiniens
La question démographique est depuis l'origine au cœur du conflit israélo-arabe. Les Israéliens ont souvent eu et ont encore l'impression d'être une petite ile de 5 millions de Juifs face à 300 millions d'Arabes - ou un milliard de musulmans depuis que le conflit s'est fait plus religieux. Cependant, ces masses de centaines de millions de personnes n'ont jamais été qu'une menace virtuelle - elles ne vont pas débarquer aux frontières d'Israël pour l'envahir.
Par contre, la question devient nettement plus concrète dans le cas des Palestiniens et des Arabes israéliens. Le danger qu'ils deviennent une majorité sur la Terre d'Israël ou à l'intérieur de l'Etat d'Israël a motivé certaines décisions politiques majeures - comme le désengagement de Gaza.
Commençons donc par la question palestinienne:
Après la faillite des Accords d'Oslo en 2000, la gauche israélienne a abandonné la thèse de "la Terre contre la Paix" pour "la Terre contre la sauvegarde de l'identité juive d'Israël".
L'idée est simple: les Arabes sur
A long terme, cela transformerait Israël en Etat d'apartheid ou bi-national, ce qui est intolérable dans les deux cas. Il faut donc abandonner les territoires pour sauver Israël. C'est, officiellement, cette argumentation qui a convaincu Ariel Sharon et l'aile gauche du Likoud de mener le plan de désengagement de Gaza.
Le problème n'est pas seulement que cette argumentation additionne des pommes et des poires (les Arabes israéliens et les Palestiniens des territoires), mais surtout qu'elle soit fondée sur des données erronées !
En 2005, un groupe de chercheurs israélo-americains a publié une étude selon laquelle il n'y avait pas 3,8 millions de Palestiniens dans les territoires, mais ... 2,4 millions, et que le rapport entre Juifs et Arabes sur la Terre d'Israël était stable depuis 1967 aux alentours de 60%-40%. En fait, d'après eux, le temps joue en faveur des Juifs - la natalité arabe baisse, et l'émigration est forte. La polémique fut largement diffusée dans le journal Haaretz et même si toutes les conclusions de cette étude n'ont pas été acceptées par tous, certains points ont été reconnus par les Palestiniens eux-mêmes, comme le fait que les 3,8 millions comptés par les statistiques palestiniennes incluaient plus de 300,000 Arabes israéliens qui finissaient donc comptés deux fois.
D'autres estimations, comme celles de l'armée israélienne ou du démographe Arnon Sofer, évaluent la population palestinienne aux alentours de 2,8-3 millions.
Dans tous les cas, aujourd'hui Gaza n'est plus sous domination israélienne et la menace démographique palestinienne a largement disparu du discours publique - alors que la question des Arabes israéliens est passée sur le devant de la scène.