jeudi 8 mars 2007
La menace démographique - 2. Les Arabes israéliens
Le fait est que les représentants et les intellectuels du public arabe israélien font absolument tout pour renforcer ces sentiments en se lançant les uns apres les autres dans une course à l'antisionisme le plus virulent, et certaines enquêtes laissent sous-entendre que les Arabes israéliens dans leur ensemble ont adopté certaines de ces vues.
Les Arabes israéliens (y compris les Arabes de Jérusalem) représentent aujourd'hui 20% de la population d'Israël - soit 1,4 million de personnes. 83% d'entre eux sont musulmans, le reste se partageant équitablement entre druzes et chrétiens. Leur natalité est supérieure à celle des Juifs et la part des naissances arabes atteint 27% des naissances en Israël. Pour 2020, certaines études parlent de 25% de musulmans en Israël.
Cependant, les prévisions en matière de démographie ont tendance à se révéler systématiquement fausses et celles-ci ne devraient pas échapper à cette règle.
La natalité arabe a atteint son pic dans les années 60 lorsque le taux de fécondité atteignait 9 enfants par femme (record mondial) et est progressivement tombé à 4,7 en 1990 tandis que celui des juives se stabilisait à 2,6. A partir du milieu des années 90, la natalité chrétienne puis druze a recommencé à chuter pour tomber en 2005 à respectivement 2,2 et 2,6, et ce phénomène a finit par toucher les femmes musulmanes à partir de 2001. En 2005, l'indice était tombé à 4, et sans doute 3,7 en 2006 - tandis que l'indice de fécondité des femmes juives remontait à 2,7-2,8. Plus clairement encore: de 2000 a 2006, le nombre de naissances juives est passé de 92,000 à 107,000 tandis que le nombre de naissances arabes reculait de 40,000 à 36,000.
Les raisons de cette évolution sont connues: les jeunes femmes arabes sont plus éduquées que leurs mères, et travaillent de plus en plus même si le taux d'activité des femmes arabes n'est que de 18% contre 55% pour les juives) ; et depuis 2004, les coupes du gouvernement dans les allocations familiales ont eu un effet radical sur la natalité des bedouins.
Là encore, la réalité démographique semble plus forte que l'hystérie médiatique.
mercredi 7 mars 2007
La menace démographique - 1. Les Palestiniens
La question démographique est depuis l'origine au cœur du conflit israélo-arabe. Les Israéliens ont souvent eu et ont encore l'impression d'être une petite ile de 5 millions de Juifs face à 300 millions d'Arabes - ou un milliard de musulmans depuis que le conflit s'est fait plus religieux. Cependant, ces masses de centaines de millions de personnes n'ont jamais été qu'une menace virtuelle - elles ne vont pas débarquer aux frontières d'Israël pour l'envahir.
Par contre, la question devient nettement plus concrète dans le cas des Palestiniens et des Arabes israéliens. Le danger qu'ils deviennent une majorité sur la Terre d'Israël ou à l'intérieur de l'Etat d'Israël a motivé certaines décisions politiques majeures - comme le désengagement de Gaza.
Commençons donc par la question palestinienne:
Après la faillite des Accords d'Oslo en 2000, la gauche israélienne a abandonné la thèse de "la Terre contre la Paix" pour "la Terre contre la sauvegarde de l'identité juive d'Israël".
L'idée est simple: les Arabes sur
A long terme, cela transformerait Israël en Etat d'apartheid ou bi-national, ce qui est intolérable dans les deux cas. Il faut donc abandonner les territoires pour sauver Israël. C'est, officiellement, cette argumentation qui a convaincu Ariel Sharon et l'aile gauche du Likoud de mener le plan de désengagement de Gaza.
Le problème n'est pas seulement que cette argumentation additionne des pommes et des poires (les Arabes israéliens et les Palestiniens des territoires), mais surtout qu'elle soit fondée sur des données erronées !
En 2005, un groupe de chercheurs israélo-americains a publié une étude selon laquelle il n'y avait pas 3,8 millions de Palestiniens dans les territoires, mais ... 2,4 millions, et que le rapport entre Juifs et Arabes sur la Terre d'Israël était stable depuis 1967 aux alentours de 60%-40%. En fait, d'après eux, le temps joue en faveur des Juifs - la natalité arabe baisse, et l'émigration est forte. La polémique fut largement diffusée dans le journal Haaretz et même si toutes les conclusions de cette étude n'ont pas été acceptées par tous, certains points ont été reconnus par les Palestiniens eux-mêmes, comme le fait que les 3,8 millions comptés par les statistiques palestiniennes incluaient plus de 300,000 Arabes israéliens qui finissaient donc comptés deux fois.
D'autres estimations, comme celles de l'armée israélienne ou du démographe Arnon Sofer, évaluent la population palestinienne aux alentours de 2,8-3 millions.
Dans tous les cas, aujourd'hui Gaza n'est plus sous domination israélienne et la menace démographique palestinienne a largement disparu du discours publique - alors que la question des Arabes israéliens est passée sur le devant de la scène.